Dans le système de garderies du Québec, certains enfants sont plus égaux que d’autres
Près de 30 ans après sa création, le réseau québécois de services de garde à frais modiques continue de faire face à des problèmes persistants en matière d’universalité et d’équité. Les lacunes du système de garde au Québec — à savoir son manque d’universalité et son financement inéquitable d’un enfant à l’autre — découlent de la décision de financer les centres de garde eux-mêmes plutôt que les parents.
Telle est la conclusion d’un nouveau rapport de l’Institut Cardus, intitulé « Ni universel, ni équitable », qui formule plusieurs recommandations visant à améliorer le programme de garde d’enfants du Québec.
« Bien que “le droit de bénéficier de services de garde éducatifs de haute qualité et personnalisés” soit inscrit dans la loi, le système n’a jamais été en mesure d’offrir une place à tous les parents qui en souhaitent une pour leur enfant, et plus de 30 000 enfants sont actuellement sur une liste d’attente », explique Étienne-Alexandre Beauregard, chercheur chez Cardus.
Face à ce problème persistant, la solution ne peut pas seulement être de créer plus de places subventionnées. Les données montrent que cette approche entre en conflit avec la qualité des services de garde: la proportion de services de garde déclarant un ratio d’éducateurs qualifiés inférieur à deux pour trois est en hausse depuis plusieurs années, atteignant 46 pour cent en 2023. Pendant ce temps, et malgré les incitatifs financiers, la diplomation au DEC en éducation à l’enfance est en baisse.
Surtout, il demeure une iniquité structurelle dans le système actuel de financement des garderies au Québec. La subvention gouvernementale varie d’environ 33 $ par jour pour le crédit d’impôt destiné aux garderies non subventionnées à 70 $ par jour pour une place dans un CPE. Un parent dont l’enfant ne fréquente aucun établissement de garde reconnu ne reçoit aucun soutien financier, même s’il contribue au système par le biais de ses impôts.
Cette iniquité vient du fait que le système actuel finance directement les services de garde, et non les parents. Ainsi, près d’un enfant sur cinq âgé de un à quatre ans ne bénéficie d’aucun soutien financier du gouvernement pour les soins qu’il reçoit, car il n’est pas inscrit dans un service de garde reconnu. Un sondage de l’Institut Angus Reid réalisé en 2021 en partenariat avec Cardus montre pourtant que la moitié des Québécois préfèreraient un financement direct aux parents, plutôt que de passer par les services de garde.
Un financement direct versé uniquement aux établissements occulte que les soins aux enfants sont aussi prodigués de manière informelle, notamment par des membres de la famille. En subventionnant la fréquentation des garderies seulement, la politique québécoise réduit le coût du travail pour les parents, mais omet une partie importante de la conciliation travail-famille, soit le temps passé en famille.
« Ces lacunes ont des conséquences très concrètes sur le bien-être des enfants et la qualité de vie des parents. L’un des principaux objectifs de la politique québécoise en matière de garde d’enfants devrait être d’aider les parents qui travaillent à faire ce qu’ils nous disent vouloir faire : passer plus de temps avec leur famille, afin de favoriser le bien-être familial et de soutenir la croissance et le développement de leurs enfants. », a ajouté M. Beauregard.
Pour cheminer vers un système plus équitable, le Québec pourrait s’inspirer de la Finlande, qui subventionne les services de garde, mais offre aussi des allocations aux parents qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas placer leur enfant dans un établissement de garde. Des allocations sont également offertes aux parents qui souhaitent travailler trois ou quatre jours par semaine afin de s’occuper de leur enfant de moins de trois ans.
En s’inspirant du modèle finlandais — qui soutient tous les parents quel que soit leur choix en matière de garde et offre une grande souplesse grâce à une allocation versée directement aux parents n’ayant pas de place en garderie — le Québec pourrait évoluer vers un système qui ne laisserait plus des dizaines de milliers d’enfants de côté.
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Étienne-Alexandre Beauregard
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