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Prendre soin les uns des autres

La réponse des églises canadiennes à l’isolement social et à la solitude

Loneliness & Social Isolation

Ce rapport a été initialement publié en anglais. Traduction française par Frédéric Demers.

Grandes lignes

  • L’isolement social et la solitude sont aujourd’hui reconnus comme un problème pressant de santé publique, aux conséquences graves pour les personnes qui en souffrent.
  • Diverses études suggèrent que la religion ou la spiritualité peut contribuer à protéger de l’isolement et de la solitude, voire à les atténuer s’ils surviennent. Pourtant, le rôle des groupes confessionnels à cet égard n’a guère été étudié.
  • En 2025, Cardus a mené un sondage pancanadien auprès de membres du clergé chrétien et de responsables d’église sur ce sujet. Les résultats ne sont pas généralisables, mais ils lèvent le voile sur les préoccupations de ces personnes face au problème de l’isolement et de la solitude au sein de leur congrégation et dans la société plus largement. Ils suggèrent aussi quelques solutions.
  • Le sondage révèle que de nombreux responsables d’églises sont préoccupés par l’isolement et la solitude et croient qu’il s’agit d’un problème en croissance depuis cinq ans. Selon eux, ce problème touche environ un cinquième des membres de leur congrégation, tous groupes démographiques confondus.
  • Chaque église fournit de précieuses solidarités aux membres de sa congrégation en remplissant sa mission première, le service du culte. Les églises proposent en outre de nombreux programmes et des pratiques informelles qui rapprochent les fidèles et la communauté élargie, et atténuent le risque d’isolement des personnes malades, confinées à domicile ou éprouvées par une situation difficile.
  • Il est de la responsabilité de l’État et des organisations de la société civile de se pencher sérieusement sur le problème de l’isolement et de la solitude au Canada, d’en étudier la prévalence et les effets, et de recueillir des données pour mieux comprendre le rôle important des groupes de la société civile, y compris les groupes confessionnels, dans l’atténuation de cette crise de santé publique.

Introduction

L’isolement social et la solitude sont aujourd’hui reconnus comme un problème pressant de santé publique en raison de leurs graves conséquences pour les personnes touchées, comme des taux de maladie et de mortalité plus élevés, et pour l’ensemble du système de santé.

Selon un sondage de l’Institut Angus Reid en partenariat avec Cardus et une enquête de Statistique Canada, environ la moitié des Canadiens disent vivre de l’isolement ou de la solitude 1 1 Angus Reid Institute, « A Portrait » ; Statistique Canada, Tableau 45-10-0048-01 : La solitude selon le genre et la province. La liste complète des références utilisées se trouve à la fin du rapport. . Les membres de groupes marginalisés – Autochtones, nouveaux immigrants, personnes vivant avec un handicap, etc. –, sont plus susceptibles que les autres de déclarer se sentir souvent ou toujours seuls. Ce constat suggère un lien entre l’isolement et la solitude, d’une part, et les inégalités socioéconomiques, d’autre part. Le sondage d’Angus Reid et Cardus souligne également que plus une personne est active sur le plan religieux, moins elle est susceptible d’affirmer vivre de l’isolement ou de la solitude.

Si la recherche suggère que la religion ou la spiritualité peuvent servir de rempart contre l’isolement et la solitude, ou à les atténuer s’ils surviennent quand même, peu d’études se sont intéressées à la manière dont les groupes confessionnels, par opposition aux croyances et pratiques individuelles, y contribuent.

L’isolement social renvoie à un manque objectif de relations sociales, tandis que la solitude concerne un manque subjectif, en ce sens que la personne perçoit la qualité de ses relations sociales comme insuffisante. Cardus s’est penché sur ces concepts et sur leurs conséquences pour la santé dans un précédent rapport, qui a servi à dresser un état de la recherche sur le lien entre l’isolement, la solitude et la religion, à savoir que les personnes qui exercent activement leur foi sont moins susceptibles de vivre de l’isolement et de la solitude que celles qui ne le font pas 2 2 Vachon et Allatt, « Social Isolation », 19. . Si la recherche suggère que la religion ou la spiritualité peuvent servir de rempart contre l’isolement et la solitude, ou à les atténuer s’ils surviennent quand même, peu d’études se sont intéressées à la manière dont les groupes confessionnels, par opposition aux croyances et pratiques individuelles, y contribuent.

Pour mieux comprendre le rôle de ces groupes, Cardus a mené un sondage pancanadien auprès du clergé chrétien et de responsables d’églises chrétiennes au printemps 2025 3 3 Le sondage s’est limité aux chrétiens pour des raisons pratiques, à savoir restreindre le nombre de répondants potentiels et tirer parti des liens de Cardus avec les responsables d’églises chrétiennes. Des recherches sur d’autres groupes confessionnels sont nécessaires, et nous espérons que le présent rapport contribue à les inspirer. . Ce sondage comprenait quatre volets : 1) les préoccupations de ces responsables concernant l’isolement social et la solitude au sein de leur congrégation respective ; 2) les programmes d’activités et les pratiques informelles proposés par leur église ; 3) les défis, le cas échéant, que vit une église quand elle s’attaque à ce problème ; et 4) les solutions potentielles.

Méthodologie

Élaboration du sondage

Cardus a élaboré le sondage à la source du présent rapport en tenant compte des recherches qu’il avait commentées dans un précédent rapport et en sollicitant l’avis de dirigeants d’église de confessions chrétiennes diverses déjà connus de l’équipe de recherche. Le sondage a été créé en anglais, puis traduit en français.

Les répondants ciblés étaient le clergé chrétien et toute autre personne occupant un poste de direction dans une église. Aux fins du sondage, une église désignait un lieu de culte. L’équipe de recherche a demandé qu’une seule personne par église le remplisse.

La distribution du sondage s’est faite par divers moyens. Cardus l’a envoyé par courriel à environ 1 200 membres du clergé et dirigeants d’église dont les coordonnées figuraient déjà dans sa base de données. Il l’a aussi expédié aux quelque 13 000 personnes abonnées à ses infolettres, en priant celles qui appartiennent à une église de le transmettre au clergé ou à la personne responsable de celle-ci. Plus tard, pour encourager la participation, Cardus a envoyé des courriels de rappel.

En outre, l’équipe de recherche a contacté les dirigeants de plusieurs confessions pour demander leur aide pour diffuser l’enquête auprès des églises qui les composent. Elle s’est servie de coordonnées publiques, accessibles sur Internet 4 4 Comme la distribution de l’enquête reposait largement sur des listes d’églises et des coordonnées publiées par des confessions, l’équipe de recherche n’a pas réussi à joindre beaucoup d’églises non confessionnelles. C’est une faiblesse de cette étude. . Les chercheurs ont redoublé d’efforts pour joindre des églises dans les régions où les listes de diffusion de Cardus sont moins garnies, par exemple le Nord et l’Atlantique. En outre, Cardus a directement invité environ 7 000 personnes à répondre 5 5 L’équipe de recherche a joint une version PDF du questionnaire à son courriel d’invitation, parce qu’il lui semblait que si les dirigeants d’église pouvaient rapidement se faire une idée du sondage, sans avoir à répondre aux questions sur la plateforme SurveyMonkey, ils seraient à la fois plus enclins à participer et plus susceptibles de faire suivre le questionnaire à leurs églises membres. Dans deux cas, les participants ont répondu directement dans le document PDF et renvoyé celui-ci à l’équipe de recherche par courriel. Chaque fois, les chercheurs ont saisi manuellement les réponses dans SurveyMonkey. .

Le sondage s’est déroulé du 24 mars au 3 mai 2025 sur la plateforme SurveyMonkey. À un certain moment, l’équipe de recherche a entrepris des nouveaux efforts de sollicitation par les moyens déjà décrits pour accroître le nombre de répondants dans les régions et les confessions qui participaient peu, comme les catholiques du Nord.

En tout, Cardus a pris contact avec plus de 20 000 personnes, sans compter le nombre inconnu de personnes qui ont eu vent du sondage par les médias ou qui l’ont reçu d’une personne qui n’est pas membre de Cardus 6 6 Amundson, « Cardus Studies Faith Response to Loneliness ». .

Analyse

Nous avons reçu 468 réponses et en avons conservé 368 après nettoyage des données 7 7 Le nettoyage des données a consisté à supprimer les réponses en double, où le même répondant a tenté de répondre au sondage plus d’une fois (n=3), et les sondages incomplets (n=93). Dans quelques cas, où plusieurs dirigeants d’une église avaient répondu, nous avons privilégié les réponses du pasteur principal. Toute donnée supplémentaire fournie par d’autres répondants de la même église a été ajoutée aux données du répondant principal (n=4). , soit 320 réponses en anglais et 48 en français que, pour des fins d’analyse, nous avons combinées en un seul ensemble de données, avec indication de la langue originale de la réponse. Nous avons ensuite ventilé les données selon divers groupes démographiques, confessionnels et linguistiques (anglais et français). La liste des confessions utilisée dans le sondage, comme leur regroupement ultérieur en catégories plus larges par les chercheurs, se basait sur la catégorisation utilisée précédemment par Angus Reid et Cardus, elle-même fondée sur la liste des confessions chrétiennes de Statistique Canada. À des fins de comparaison, les résultats sont rapportés selon ces grandes catégories : catholiques, protestants historiques et chrétiens évangéliques. Le très petit nombre de répondants appartenant au christianisme orthodoxe (n=3) ou à une « autre confession » (n=1) empêche toute comparaison utile.

Dans l’ensemble, les églises évangéliques ont fourni 41 % des réponses, suivies des protestants historiques à 32 %. Le taux de réponses des catholiques a été assez faible, compte tenu du grand nombre d’églises catholiques au pays. Cependant, certains répondants catholiques ont indiqué desservir plus d’une église 8 8 Les réponses confessionnelles varient aussi selon la région. En Ontario, par exemple, peu de catholiques ont répondu. Ces variations sont probablement plus fonction des moyens de diffusion – les personnes au sein du réseau de Cardus étant plus susceptibles de faire circuler le sondage dans certains groupes confessionnels et régions que d’autres – qu’un reflet du nombre réel d’églises d’une confession donnée dans une région donnée. . Ayant observé certaines différences notables à l’échelle d’une confession particulière (mennonites ou Église unie, par exemple), l’équipe de recherche les a considérées avec grande prudence, en raison de la petite taille de l’échantillon.

Pour la présentation des résultats, nous avons procédé à certains regroupements : l’Atlantique réunit les quatre provinces de l’est, les Prairies englobent le Manitoba et la Saskatchewan, et les Territoires désignent les trois territoires nordiques. Comme seules quatre réponses nous sont arrivées des Territoires, malgré les efforts de sollicitation, elles sont exclues de la plupart des comparaisons.

L’enquête a aussi classé les répondants selon la taille de leur église. Pour évaluer cette taille, l’équipe de recherche a interrogé les répondants à la fois sur la fréquentation hebdomadaire moyenne et sur le nombre de membres inscrits. Les chercheurs ont présumé que la fréquentation hebdomadaire moyenne était la meilleure mesure de participation régulière et active à l’église, mais nous avons aussi voulu connaître le nombre de membres inscrits, car celui-ci pourrait inclure des membres incapables d’assister à l’office hebdomadaire, comme les personnes confinées à domicile, mais restant engagées avec leur église par des visites pastorales ou autrement. (À noter que le « nombre de membres inscrits » ne s’applique pas à certaines églises si elles n’utilisent pas ce type de structure.) Soixante-deux pour cent d’entre elles ont indiqué une fréquentation hebdomadaire moyenne de 1 à 150 personnes, ce qui est qualifié de « petite » taille aux fins de notre analyse.

Pour évaluer les données qualitatives résultant des quatre questions à réponse courte du sondage, nous avons procédé à une analyse de contenu en trois étapes. D’abord, trois chercheurs ont indépendamment lu les réponses à chaque question et noté leurs observations 9 9 L’anglais est la première langue des deux chercheuses de l’équipe et le français, celle du chercheur. Les trois sont chrétiens, mais de confessions différentes. Leur lecture des réponses s’est donc appuyée sur une gamme très diversifiée de vécus personnels. . Chacun a relevé des similitudes, des différences et des thèmes généraux dans les réponses, selon un protocole établi par la personne responsable de la recherche. Cette approche a contribué à empêcher que l’analyse d’une personne n’influence celle d’une autre et accru le degré de confiance du trio dans les observations que chacun de ses membres avait faites de son côté 10 10 Cette approche peut prêter « un certain degré d’intersubjectivité et de fiabilité entre chercheurs » à l’analyse qualitative. Van Thiel, Research Methods, 150. .

L’équipe de recherche s’est ensuite réunie en personne pour discuter de ses observations indépendantes et créer un livre de codes pour les thèmes 11 11 Un livre de codes énumère et organise des codes : « Un code est une façon abrégée d’indiquer ce que signifie réellement une certaine unité de données qualitatives (telle qu’un fragment de texte ou un rapport d’entretien). C’est, pour ainsi dire, un bref résumé des principaux attributs ou caractéristiques de l’unité. En assignant le même code à des unités de données qui concernent le même sujet ou un sujet similaire, le chercheur crée la possibilité de comparer les différentes unités de données. » Van Thiel, Research Methods, 143. . NotebookLM a ensuite été utilisé pour organiser les données en fonction de ce livre de codes et faciliter l’analyse des thèmes 12 12 NotebookLM, de Google, est un outil d’IA. L’équipe de recherche a saisi les données qualitatives anonymisées et le livre de codes. Elle a ensuite fourni des directives à NotebookLM pour qu’il analyse les données en fonction du livre de codes. Parce que NotebookLM cite en retour le matériel source qu’il reçoit, l’équipe de recherche a pu confirmer le mode d’organisation et de présentation de l’analyse. .

Limites

L’étude n’avait que des visées exploratoires ; elle ne tente pas de décrire les données dans leurs moindres détails. L’approche exploratoire est souvent appropriée lorsque les recherches antérieures sont rares, comme c’est le cas ici. Ces études ont établi un lien entre l’adhésion à la foi et un isolement social et une solitude moindres, mais se sont peu intéressées à l’influence possible des églises chrétiennes dans cette relation. Par conséquent, il faut considérer les résultats présentés ici comme préliminaires et non définitifs.

Comme l’échantillon n’était ni aléatoire ni suffisamment grand pour être pondéré à des fins de représentativité, il ne faut pas conclure des résultats qu’ils représentent l’ensemble des membres des églises chrétiennes au Canada. Ces résultats ne décrivent que l’échantillon, et il y a lieu de mener des études supplémentaires.

Résultats

Préoccupation concernant l’isolement social et la solitude

Dans l’ensemble, les répondants indiquent un niveau élevé de préoccupation concernant l’isolement et la solitude au sein de leur congrégation. Environ un cinquième des membres, estiment-ils, sont isolés ou seuls. Ce résultat s’observe dans une foule de groupes, définis selon la région, la confession, le milieu de vie ou la taille de l’église 13 13 Quelques confessions protestantes rapportent un pourcentage plus élevé que la moyenne nationale. Il faudrait des recherches supplémentaires et des échantillons plus grands pour savoir pourquoi. .

Lorsqu’on leur demande : « Dans quelle mesure êtes-vous d’accord avec l’affirmation selon laquelle l’isolement social et la solitude sont un défi pour votre communauté ecclésiale ? », près des deux tiers (64 %) disent que ce l’est 14 14 Ici et tout au long du document, l’accord désigne la somme des réponses « Fortement d’accord » et « D’accord », alors que le désaccord désigne la somme des réponses « Fortement en désaccord » et « En désaccord ». . Le niveau d’accord est nettement plus élevé chez les francophones (73 %) que chez les anglophones (62 %).

Environ un cinquième des membres, estiment-ils, sont isolés ou seuls. Ce résultat s’observe dans une foule de groupes, dé!nis selon la région, la confession, le milieu de vie ou la taille de l’église.

Les répondants du Québec, de l’Atlantique et de l’Alberta sont légèrement plus d’accord que la moyenne nationale et ceux de la Colombie-Britannique, légèrement moins. En outre les répondants de l’Atlantique sont nettement moins en désaccord (7 %) que ceux des autres régions, où le taux de désaccord varie de 13 % à 22 %.

L’accord est légèrement plus élevé parmi les évangéliques que parmi les protestants historiques ou les catholiques. Cependant, le désaccord est aussi légèrement plus élevé parmi les évangéliques, à 18 %, et les protestants historiques, à 17 %, que parmi les catholiques, à 12 %.

Parmi les répondants qui disent que l’isolement et la solitude sont un défi pour les membres de leur congrégation, une grande majorité (73 %) indique que ces deux phénomènes sont en hausse depuis cinq ans.

Nous avons aussi interrogé les répondants convenant que l’isolement et la solitude sont un défi au sujet des groupes qui, au sein de leur église, les préoccupent le plus à cet égard 15 15 Les répondants pouvaient sélectionner tous les groupes qui les préoccupaient le plus parmi ceux-ci : Aînés ; Néo-Canadiens ; Célibataires ; Personnes en situation de précarité socioéconomique ; Personnes vivant avec un handicap physique, intellectuel ou lié au développement. Ils avaient aussi l’option de répondre « Je ne saurais pas dire », « Sans objet » ou « Autre (veuillez préciser : _____) ». Cardus a sélectionné ces groupes sur la base de ses consultations de la documentation spécialisée, en préparation du sondage. Voir Vachon et Allatt, « Social Isolation ». Comme la formulation de la question renvoie aux groupes dont les répondants sont les « plus » préoccupés, il se peut qu’ils soient aussi préoccupés dans une certaine mesure par des groupes qu’ils n’ont pas sélectionnés. . Environ la moitié d’entre eux ont mentionné les aînés (52 %) et les célibataires (47 %). C’est dans l’Atlantique et en Alberta que la préoccupation pour les aînés est la plus élevée, à 60 %. Une préoccupation assez semblable pour les aînés (de 50 % à 56 %) et pour les personnes en situation de précarité socioéconomique (de 33 % à 37 %) traverse les confessions. Concernant les nouveaux arrivants au Canada, les taux de préoccupation varient selon la confession : 18 % chez les protestants historiques, 29 % chez les évangéliques et 32 % chez les catholiques. (Il est possible que les néo-Canadiens soient plus susceptibles de fréquenter des églises évangéliques ou catholiques, et donc que cette question mesure autant le degré de présence de nouveaux Canadiens au sein d’une congrégation que le degré de préoccupation envers eux.) La préoccupation pour les célibataires varie également selon la confession, avec des taux de 35 % chez les catholiques, de 48 % chez les protestants historiques et de 53 % chez les évangéliques.

Les réponses en français et en anglais à cette question laissent aussi voir des différences. Un pourcentage nettement plus faible de répondants francophones (21 %) se préoccupe de ce que les membres de leur congrégation vivant avec un handicap physique, intellectuel ou lié au développement soient seuls ou isolés, contre 66 % des répondants anglophones.

Il est tout à fait pertinent que les répondants se préoccupent de l’isolement ou de la solitude au sein de ces groupes, compte tenu de leur taille au sein des congrégations. Par exemple, quand on leur demande quel pourcentage de leur congrégation appartient à chaque groupe spécifié, les répondants estiment que les aînés comptent pour presque la moitié (47 %) de leur congrégation en moyenne. Fait intéressant, les répondants francophones estiment que les néo-Canadiens représentent un pourcentage plus élevé de leur congrégation (32 %) que les répondants anglophones (16 %) 16 16 Les répondants ont été invités à estimer le pourcentage des membres de leur congrégation dans chaque groupe. La somme des taux n’est pas 100 %, puisque les groupes ne sont pas mutuellement exclusifs. .

Programmes offerts par les églises

Aperçu

Les répondants ont été interrogés sur la nature et l’efficacité, à leurs yeux, des programmes offerts par leur église pour briser l’isolement et la solitude. La liste des programmes et activités proposée comme options de réponse dans l’enquête a été élaborée sur la base de la documentation disponible 17 17 Voir notamment Garland, Simmons et Hadgraft, Right Up Your Street ; Banu, Liladrie et Noka, The Role of Faith Communities. et avec la contribution de membres de plusieurs confessions.

Les répondants pouvaient sélectionner tous les programmes pertinents d’une liste et en ajouter un ou plusieurs autres programmes. En fonction du but principal de chaque programme et au meilleur de son jugement, l’équipe de recherche a ensuite catégorisé chacun d’eux selon qu’il est « axé sur la foi », « axé sur les besoins pratiques », « axé sur les besoins sociaux » ou « sans objet ».

Les programmes les plus couramment offerts sont les visites pastorales (89 % des répondants indiquent que leur église en offre). Viennent ensuite les groupes de discussion ou petits groupes (84 %), l’accueil personnalisé à l’office (80 %), les événements sociaux organisés par l’église (78 %) et le service de café après l’office (77 %). Fait à noter, environ la moitié des répondants dit que son église offre des programmes ciblant les aînés et les jeunes, qui sont des populations plus à risque d’isolement ou de solitude 18 18 Pour en savoir plus sur l’incidence de l’isolement et de la solitude chez les aînés et les jeunes, voir Vachon et Allatt, « Social Isolation ». .

Les résultats selon la région

Les programmes les plus couramment offerts par les églises, aux dires des répondants, varient d’une région à l’autre. Dans l’Atlantique, 70 % des répondants disent que leur église offre des programmes alimentaires, contre 37 % au Québec et de 45 % à 57 % ailleurs. Comme c’est dans l’Atlantique atlantique qu’on retrouve la plus forte proportion d’aînés par rapport à la population globale 19 19 Gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador, Office of the Seniors’ Advocate Newfoundland and Labrador, Seniors’ Report 2024, 2. , il n’était pas surprenant que cette région soit aussi celle où se retrouve la plus forte proportion de répondants disant que leur église dispose de programmes pour aînés (67 %, contre de 42 % à 56 % ailleurs). Le plus bas pourcentage de répondants disant que leur église offre du counseling et de la direction spirituelle est dans l’Atlantique atlantique. Il s’y chiffre à 47 %, contre 71 % en Alberta et de 64 % à 69 % ailleurs.

Environ la moitié de tous les répondants disent que leur église offre la communion aux personnes malades ou confinées à domicile ; c’est particulièrement vrai en Alberta (67 %) et dans l’Atlantique (63 %). Cela dit, dans certaines églises, la communion n’est donnée qu’occasionnellement, voire pas du tout, ce qui fait que la question n’est pas pertinente pour tous les répondants.

Concernant la diffusion de l’office en direct ou en différé dans Internet, c’est dans le Canada central que ce service est offert à la plus grande proportion de répondants, soit 67 % en Ontario et 61 % au Québec, contre de 49 % à 53 % ailleurs. La Colombie-Britannique compte le plus fort taux de répondants dont l’église offre un repas après l’office (65 %). Ce taux est de 37 % au Québec et oscille de 49 % à 56 % dans les autres régions.

D’intéressantes différences se dévoilent quand on compare les réponses du Québec à celles du reste du Canada. Les visites pastorales sont le programme le plus souvent mentionné au Québec : trois quarts (75 %) des répondants mentionnent que leur église offre de telles visites, mais c’est un taux nettement plus bas qu’ailleurs au Canada (92 %).

Fait à noter, seuls 24 % des répondants du Québec disent que leur église propose du bénévolat organisé, tel que des services communautaires (refuges pour sans-abri, réinstallation de réfugiés, ministères dans les quartiers défavorisés), alors qu’ils sont 44 % ailleurs au Canada. De même, les répondants québécois sont 25 % à dire que leur église compte un comité d’hospitalité, contre 47 % des répondants en dehors du Québec, et environ 60 % à mentionner qu’elle propose le café après l’office et un accueil personnalisé à celui-ci, contre 80 % ailleurs. Un schéma similaire se manifeste avec les groupes de discussion : 64 % des répondants québécois indiquent que leur église organise des groupes de discussion, comme 89 % dans le reste du Canada. Cependant, le Québec a le pourcentage le plus élevé de répondants dont l’église propose des services dans plus d’une langue (31 %, contre 12 % ailleurs au Canada).

Par-delà ces différences régionales, la répartition globale par catégorie de programme ne varie pas beaucoup. En moyenne, dans l’ensemble du Canada, 60 % des programmes sont axés sur la foi, 24 % sur les besoins sociaux et environ 10 % sur les besoins pratiques.

Les résultats selon la confession

Les programmes diffèrent considérablement selon la confession religieuse, mais, de manière générale, la répartition par catégorie (foi, besoins sociaux, besoins pratiques) est presque identique. Cet état de fait peut suggérer que, même si les programmes particuliers varient dans chaque catégorie, les églises entendent grosso modo aborder des besoins semblables.

Les églises catholiques sont les moins susceptibles d’offrir un repas après l’office : 41 % des répondants catholiques disent le faire, contre 51 % des protestants historiques et 60 % des évangéliques. Les catholiques sont également moins nombreux (28 %) à dire que leur église offre du bénévolat organisé que les évangéliques (44 %) et les protestants historiques (45 %).

D’autre part, un taux plus élevé de catholiques (51 %) que d’évangéliques (40 %) et de protestants historiques (40 %) mentionne que leur église possède un comité d’hospitalité. Près des deux cinquièmes (37 %) des catholiques disent que leur église offre un service de diffusion de l’office, contre environ deux tiers des évangéliques (64 %) et des protestants historiques (65 %). Enfin, les catholiques sont proportionnellement plus nombreux (78 %) que les protestants historiques (29 %) et les évangéliques (47 %) à dire que leur église offre des programmes de formation à la foi ou des parcours spirituels, comme le Cours Alpha ou le RICA.

Les églises protestantes historiques sont les plus susceptibles d’offrir le café : 95 % des répondants de cette confession disent que c’est le cas, contre 67 % des évangéliques et 70 % des catholiques. Quant aux programmes ciblant des membres particuliers de la congrégation, 45 % des protestants historiques disent que leur église offre un ou des programmes pour les familles et 23 %, qu’elle en offre pour les jeunes. Chez les catholiques et les évangéliques, l’offre d’un ou de programmes pour les familles est mentionné par 44 % et 49 % des répondants, respectivement, et celle d’un ou de programmes pour les jeunes l’est par 60 % et 66 % d’eux, respectivement. En revanche, les protestants historiques sont proportionnellement moins nombreux (55 %) à rapporter le counseling et la direction spirituelle comme un service offert par leur église que les catholiques (70 %) et les évangéliques (71 %).

Les résultats selon la taille de l’église

L’offre de programmes varie selon la taille de l’église. Par exemple, 29 % des petites églises ont un comité d’hospitalité, contre 61 % des églises de taille moyenne (fréquentation hebdomadaire moyenne de 151 à 500 personnes) et 79 % de celles de grande taille (fréquentation hebdomadaire moyenne supérieure à 500 personnes). Parmi les petites églises, 43 % proposent des programmes pour les jeunes, contre 81 % des églises moyennes et 82 % des grandes. Quant aux programmes de formation à la foi, 32 % des petites églises, 70 % des moyennes et 89 % des grandes les offrent. Cependant, la répartition des catégories axées sur la foi, les besoins sociaux et les besoins pratiques se ressemble d’une taille d’église à l’autre.

Thèmes des réponses écrites

Les répondants ont fourni des données qualitatives au moyen de questions à réponse courte leur demandant de décrire les programmes ou activités d’église qui, selon eux, contribuent spécialement à renforcer le tissu social et à atténuer l’isolement et la solitude, même de manière indirecte. De plus, le sondage les invitait à décrire tout partenariat entre leur église et d’autres églises, organisations ou groupes qui va dans ce sens. Les répondants décrivent une variété de partenaires, soit d’autres églises et des organisations chrétiennes à proximité, de même que des groupes et organismes non religieux. Certains mentionnent aussi des partenaires associés à l’État, comme la municipalité, une école, un organisme public, etc.

Le degré de formalité

Un des thèmes relevés concerne les niveaux variables de formalité dans les programmes et partenariats décrits par les répondants. Les programmes plus formels sont administrés ou organisés par l’église elle-même, mais certains répondants mentionnent aussi des activités moins formelles, dans lesquelles les membres de la congrégation se soutiennent mutuellement ou s’organisent de façon informelle pour répondre aux besoins. Dans cette dernière catégorie, on trouve des activités comme le déneigement, l’entretien de la pelouse, la livraison de repas, les courses au supermarché, ou simplement le suivi auprès des personnes seules ou absentes de l’église que tout va bien. « Ce n’est pas un programme, dit ainsi un répondant, mais, comme la paroisse est assez petite, les gens peuvent se connaître assez bien. Les individus […] prennent des nouvelles les uns des autres et tendent la main à ceux dont ils remarquent l’absence, ou qui font face à des difficultés de quelque genre que ce soit. »

Les programmes axés sur les membres de la congrégation incluent des activités sociales, des visites pastorales, des visites bénévoles pour les personnes confinées à domicile, et des programmes se préoccupant de besoins particuliers, comme le soutien aux personnes endeuillées, les mères avec de jeunes enfants ou encore les aidants naturels. Certains programmes ciblent les besoins de groupes d’âge particuliers, tels que les jeunes. Beaucoup de ces programmes sont axés sur la foi ; c’est le cas des groupes de prière ou d’études bibliques, qui accompagnent les gens dans un parcours spirituel et leur offrent une communauté.

Les programmes orientés vers l’externe cherchent plutôt à répondre à des besoins pratiques dans la congrégation, par exemple des groupes de rencontre et d’échange pour mères avec service de garde fourni, des cours de langue pour nouveaux immigrants, voire des formes particulières d’assistance pour les personnes à proximité qui en ont besoin.

Les partenariats sont importants pour les activités axées sur l’externe, comme les banques alimentaires et les friperies. De dire un répondant :

Nous avons un groupe qui fait la tournée chaque soir pour récupérer des aliments excédentaires et l’apporter aux banques alimentaires. Ce groupe de bénévoles est un excellent moyen de rassembler en semaine des gens qui seraient isolés autrement et de leur faire accomplir une action altruiste. Il réunit des jeunes et des vieux de toutes sortes de milieux socioéconomiques.

Certains répondants notent aussi qu’ils s’associent avec d’autres églises pour, par exemple, fournir des repas hebdomadaires gratuits à toute personne de la communauté élargie.

Maints répondants mentionnent qu’ils laissent des associations externes utiliser leur espace gratuitement ou à faible coût. De telles associations comprennent des clubs thématiques, comme des brodeuses, ou des groupes d’entraide, comme les Alcooliques anonymes.

Les modes d’organisation des activités

Dans l’ensemble, les activités et programmes décrits par les répondants sont principalement livrés en personne, avec un contact humain direct. Dans certains cas, ce contact humain direct se fait à distance, par exemple lorsqu’il s’agit de téléphoner pour s’assurer que les personnes incapables d’assister à l’office en personne vont bien. Les programmes téléphoniques ainsi mentionnés, nombreux, ont tous pour but d’établir un lien direct avec ces personnes : « Nous proposons aussi un “ministère téléphonique” qui consiste à demander à des paroissiens d’en appeler d’autres, malades ou confinés à domicile et à risque d’isolement », dit un répondant. D’autres répondants mentionnent des groupes de prière et des programmes de visite virtuelle, par Zoom, pour les personnes confinées à domicile.

La diffusion de l’office, une activité moins personnelle, est nommée par quelques répondants. Quelques-uns d’entre eux décrivent d’ailleurs les moyens employés pour personnaliser cette diffusion, comme des visites hebdomadaires aux membres de la congrégation confinés à domicile pour leur fournir des lectures qui accompagnent l’office diffusé. Une église organise avec Zoom « un moment de rassemblement avant l’office et des visites après lui [qui] réunissent en ligne une partie de notre congrégation ».

L’envoi, par courriel ou courrier, de sermons et de nouvelles sur les activités de l’église est un autre moyen de garder vivant le lien avec les personnes incapables d’assister à l’office en personne.

L’effet des programmes sur l’isolement et la solitude

Des répondants ont parlé de programmes et activités spécialement destinés à renforcer le tissu social ou à réduire l’isolement et la solitude. Ainsi :

Nous avons commencé à organiser un événement social en milieu de semaine, deux fois par mois, pour aborder la solitude et l’isolement. Il s’agissait d’un moment et d’un espace pour prendre contact et mieux se connaître dans un cadre plus petit et plus décontracté.

Il existe aussi des programmes dont le but est très lié au souci de briser l’isolement, même si tel n’est pas l’objectif principal. Par exemple, un répondant mentionne que le programme de son église axé sur l’accompagnement en situation de deuil « aide les gens [à composer] non seulement avec leur deuil, mais avec le sentiment d’isolement qui accompagnent souvent un deuil profond ».

Pour d’autres programmes, l’effet sur l’isolement et la solitude apparaît moins direct. Les programmes axés sur la foi rapprochent les membres d’une congrégation les uns des autres et facilitent leur proximité spirituelle. Les programmes qui abordent des besoins pratiques, comme la distribution alimentaire, savent aussi rassembler les gens, que ce soit pour un repas ou lors d’une livraison à domicile.

De plus, le bénévolat au sein d’une église peut atténuer l’isolement et la solitude des personnes qui s’y adonnent : « Nous avons aussi des activités dans lesquelles les personnes seules sont celles qui donnent au lieu d’être celles qui reçoivent, écrit un répondant. Un projet d’école biblique d’été, par exemple, donne aux personnes un but et un sens des responsabilités. »

Défis et solutions

Les répondants ont été interrogés sur les défis auxquels fait face leur église quand elle s’attaque à l’isolement et à la solitude. La première question leur présentait une liste de défis et leur demandait de choisir tous ceux qui s’appliquent. Une question subséquente à réponse courte leur donnait l’occasion de donner plus de détails. Pour finir, l’enquête demandait aux participants de décrire des ressources, des politiques ou des programmes possibles qui pourraient aider leur église à s’attaquer à l’isolement et la solitude tout en répondant aux défis qu’ils avaient nommés.

La présente section décrit les résultats concernant les défis mentionnés et de possibles soutiens utiles. Ces résultats sont à la base de nos recommandations aux décideurs politiques sur la façon dont ils peuvent encourager les églises à répondre à l’isolement et à la solitude.

Aperçu

Le défi le plus fréquemment relevé est le manque de ressources humaines (73 %), suivi de loin par le manque de ressources financières (43 %). Les autres réponses sont fournies à la figure 8. Relativement peu de répondants mentionnent que leur église ne fait pas face à des défis pour atténuer l’isolement social et à la solitude (4 %, ou n=16) ou que ce problème ne la concerne pas (1 %, ou n=4). Dans un autre petit nombre de cas (4 %, ou n=15), le répondant n’était pas sûr.

Les réponses sont globalement cohérentes par-delà les langues et les confessions, avec quelques exceptions présentées ci-dessous. Par contre, des différences s’observent selon la taille de l’église. Le manque de ressources humaines est mentionné par une plus grande proportion de répondants de petites églises (76 %) que de répondants de grandes églises (65 %). Mais concernant l’inadéquation des infrastructures physiques, c’est l’inverse : 40 % des répondants de grandes églises y voient un défi, contre 28 % des répondants de petites églises et 26 % de ceux d’églises moyennes. De même, le manque de connaissances ou d’informations est un défi plus grand pour les répondants de grandes églises (44 %) que pour ceux de petites églises (30 %) et d’églises moyennes (33 %).

Quelques intéressants constats régionaux s’observent. Les défis financiers sont moins souvent mentionnés en Colombie-Britannique (32 %) qu’en Ontario (42 %), dans l’Atlantique et les Prairies (43 % dans chaque région), en Alberta (49 %) et au Québec (51 %). En revanche, les défis liés aux ressources humaines sont mentionnés par une majorité de répondants dans chaque région.

L’infrastructure physique est un plus grand défi pour les répondants en Atlantique et au Québec (33 % dans les deux cas), en Ontario (31 %), en Alberta (27 %) et en Colombie-Britannique (26 %) que dans les Prairies (16 %). De même, les défis liés à la bureaucratie étatique et aux politiques gouvernementales sont moins souvent nommés par les répondants des Prairies (8 %), de l’Ontario (11 %) et de la Colombie-Britannique (12 %) que par ceux du Québec et de l’Alberta (15 % dans chaque cas) et de l’Atlantique (17 %).

Bien que les réponses en anglais et en français sur cette question soient globalement assez similaires, une différence notable existe dans les proportions de répondants francophones (21 %) et anglophones (11 %) voyant dans la bureaucratie gouvernementale et les politiques un défi. Une différence plus grande encore s’observe sous l’angle des catégories confessionnelles : 25 % des catholiques voient un défi dans cette bureaucratie et ces politiques, contre moins de 10 % des évangéliques et des protestants historiques.

Les défis en personnel

De nombreux répondants mentionnent les freins qui gênent l’action des bénévoles et des dirigeants d’église, imposés par les politiques, les règles et la bureaucratie associées au bénévolat. L’un des principaux freins, c’est la « surcharge » et l’épuisement des membres des congrégations : « Nous ne manquons pas de désir, mais de temps et d’énergie ! », dit un répondant. Un autre ajoute : « Nous sentons que nous avons les informations nécessaires pour agir contre l’isolement et la solitude, mais, dans cette culture d’horaires toujours remplis, nous peinons à trouver des bénévoles. »

Quand une église a trop peu de bénévoles, l’épuisement professionnel s’ajoute aux difficultés :

Notre congrégation dispose d’un petit noyau de bénévoles qui gère la plupart des activités quotidiennes de l’église, de la préparation et de la conduite de l’office à l’entretien des biens. L’épuisement pour cause de surcharge nous préoccupe vivement. Ça nous laisse moins de temps pour les programmes sociaux, sur lesquels nous voulons nous concentrer.

Le vieillissement est lui aussi une source de préoccupation relativement à la capacité des bénévoles, comme l’indique un répondant : « Des gens qui étaient des bénévoles actifs [doivent] maintenant ralentir ou ont eux-mêmes besoin des services. »

Quelques répondants notent que la pandémie de COVID-19 a exacerbé les défis en personnel. Des personnes ne sont pas retournées à l’église après la pandémie, ou l’ont fait à un degré moindre. La refonte de certains programmes s’est avérée nécessaire : « Nous avions des équipes de visite, avant la COVID, et […] ensuite [nous avons dû] complètement reconstruire les équipes de visites aux aînés, parce que nous n’avons pas assez de personnel pour faire toutes les visites nécessaires. »

D’aucuns mentionnent les freins qui gênent l’action des dirigeants d’église, dont le problème de postes pastoraux à pourvoir vacants ou le manque de prêtres, qui forcent les célébrants en fonction à desservir beaucoup d’églises. De nombreux répondants catholiques soulignent que leur prêtre est responsable de plusieurs églises – et même jusqu’à trente églises, dans un cas. Le besoin d’avoir davantage de responsables d’église traduit directement soit le manque de prêtres ou de pasteurs disponibles, soit le manque de fonds pour embaucher du personnel supplémentaire.

Des répondants mentionnent la « paperasse » alourdissant la prestation de programmes par des bénévoles, en particulier ce qui relève de la vérification des antécédents en vue d’un travail auprès de personnes vulnérables. Ces vérifications sont évidemment cruciales pour protéger ces personnes, mais elles alourdissent le processus et l’administration en lien avec l’embauche de personnel ou de bénévoles. Les répondants désirent voir ces processus être clarifiés et simplifiés.

Les défis pratiques

Les finances

Le manque d’argent est un défi pour 43 % des répondants, et beaucoup d’entre eux en soulignent les conséquences sur les dons et sur la disponibilité des bénévoles. À mesure que « les besoins augmentent, les ressources pour y répondre diminuent ».

Les édifices religieux, dont beaucoup sont vieux, en mauvais état ou lourdement hypothéqués, font les frais de ce manque d’argent. Chaque dollar affecté à l’entretien d’une infrastructure élémentaire ou au remboursement d’une hypothèque est un dollar de moins pour le personnel et les programmes. Les répondants dont l’église ne possède pas de bâtiment, quant à eux, parlent du coût élevé de la location d’espaces. « Nous sommes actuellement une église nomade et nous voudrions avoir un espace à nous dans notre quartier, dit l’un d’eux, mais les prix nous en empêchent. »

Nombreux sont les répondants à dire que les subventions sont soit inaccessibles, soit dures à trouver ou à demander. Il serait bon que les informations sur les subventions offertes soient plus faciles à trouver, écrivent certaines personnes. Et si certains répondants disent ne dépendre d’aucun financement extérieur pour leurs programmes, d’autres expliquent que c’est grâce à un tel financement qu’ils peuvent offrir des services à la communauté élargie et le faire gratuitement.

Un répondant signale que les subventions vont souvent à des programmes novateurs ou nouveaux au lieu de soutenir et étoffer ceux qui existent. « La plupart des subventions que j’ai vues, dit cette personne, aident une église à créer du neuf. Or, nous pouvons plus facilement élargir nos programmes en cours, même si ce n’est pas aussi emballant ou innovant qu’un programme neuf. »

Les installations

Près d’un tiers des répondants déplorent que leurs installations soient inadéquates. Pour disposer d’installations qui conviennent aux activités et programmes envisagés, il faudrait louer d’autres espaces. Certains des projets, comme une cuisine communautaire ou un café, requièrent des installations spécialisées, qui respectent les normes de santé publique.

Les répondants dont l’église est dans un vieux bâtiment parlent de leur besoin d’occuper plus de place, puisque ladite église n’a été construite que pour le service du culte, alors que l’église y livre aujourd’hui de grands programmes sociaux. Certaines installations doivent faire l’objet de travaux pour mieux accueillir les personnes handicapées : de nombreux répondants mentionnent soit un manque total d’accessibilité, soit le besoin d’installer un ascenseur. Les bâtiments vieillissants, rappelons-le, peuvent constituer un fardeau financier et nécessiter des travaux majeurs pour servir à tout leur potentiel. Comme forme d’aide possible, des répondants mentionnent le partage des coûts des travaux servant à aménager des espaces communs ou à les rendre plus accessibles.

Dans les régions éloignées ou en campagne, l’emplacement des installations devient un défi en soi, et, dans ces cas, le transport peut devenir un défi additionnel, surtout s’il n’y a pas de transport en commun. La coordination du transport fait entrer en jeu la question des assurances et de la responsabilité légale. Cela dit, même en ville, l’emplacement peut présenter ses propres défis, par exemple de sécurité en raison de problèmes de criminalité et de toxicomanie dans le quartier ou de la présence environnante de personnes vivant avec une maladie mentale.

Le manque d’informations

Certains répondants jugent difficile de savoir qui est seul ou « à quel endroit sont les besoins ». La pandémie a mis en lumière cette difficulté, surtout dans les cas où les dirigeants ou les bénévoles étaient nouveaux à l’église : non seulement ils ignoraient qui, dans la congrégation, manquait à l’office, mais ils ne connaissaient même pas ces absents.

Des répondants parlent aussi de leur besoin d’avoir plus de ressources pour créer des liens plus étroits avec certains groupes précis, comme les nouveaux immigrants. « On nous dit souvent à quel point c’est dur pour les nouveaux arrivants, explique un répondant, mais nous ne savons pas toujours comment les joindre en plus grand nombre, et nous ne savons pas davantage qui a besoin d’aide. » Il arrive aussi que les personnes à risque d’isolement ou de solitude ne restent pas longtemps dans un milieu ou un quartier particulier. Dans ce cas, « bien souvent, elles n’habitent pas dans notre emplacement, donc il arrive que nous ignorions d’abord qu’elles se sentent isolées, et, quand nous l’apprenons enfin, elles sont sur le point de quitter le quartier ».

Quelques réponses font état du défi que posent les personnes à la fois seules et difficilement capables d’admettre un besoin ou d’accepter de l’aide, ou qui semblent « s’isoler intentionnellement ». Un défi avec les personnes seules, notent plusieurs répondants, est la crainte de stigmatisation, ou l’idée voulant que seuls les faibles admettent être seuls.

D’autres mentionnent la complexité des besoins, par exemple ceux des personnes aux prises avec une dépendance ou une maladie mentale. Un répondant décrit l’« énergie émotionnelle » et l’« endurance » dont ont besoin les bénévoles et le personnel de l’église quand ils tentent de répondre aux besoins de ces personnes. Des répondants nomment leur manque de formation pour aborder des situations aussi complexes.

L’un d’eux a soulevé la question de l’identité religieuse de l’église et le fait que toute action pour joindre des gens est à risque de passer pour du prosélytisme : « D’un côté, nous désirons tendre la main à toutes les personnes seules, mais, de l’autre, comme nous sommes une église, ces personnes pourraient penser que nous voulons les convertir au christianisme – ce qui n’est pas le cas. »

Dans l’ensemble, une solution avancée consiste à donner aux bénévoles et au personnel plus de ressources et de formations, y compris pour leur apprendre à reconnaître les personnes qui éprouvent de la solitude et l’isolement, et à tendre la main aux groupes à risque. Des répondants évoquent aussi, comme possibilité, des formations axées sur l’aide offerte en santé mentale, notamment les moyens de créer des ponts avec des organismes de soutien professionnels et communautaires.

Le rapport à l’État

Maints répondants ont le sentiment que la contribution de leur église à la société civile n’est pas reconnue à sa juste valeur, ni par l’État, ni par les médias, ni par le grand public. Si cette préoccupation se lit principalement dans les réponses en français, elle n’est pas absente pour autant des réponses en anglais.

Quelques francophones déclarent que la nature religieuse de leur église constitue un défi. La méfiance générale que les institutions religieuses soulèvent chez d’autres acteurs de la société civile complique les rapports avec des partenaires potentiels et la nuit à la perception dans la population. Certaines personnes mentionnent leur désir de voir les médias reconnaître leur apport positif :

Une paroisse fait beaucoup pour aider les gens pauvres, malades et isolés, mais à cause du fait que cela implique la foi en Dieu, l’état laïc est très réservé et même parfois préférerait nous voir disparaitre. Alors l’état serait privé d’une aide considérable des Églises qui soulagent très souvent la pauvreté et ses urgences locales. […] L’état se sert de nous, mais ne nous aide pas beaucoup.

Rappelant une recommandation du Comité permanent des finances fédéral que « la promotion de la religion » soit retirée en tant que fin de bienfaisance 20 20 Comité permanent des finances, Consultations prébudgétaires. Plus récemment, un comité québécois étudiant la laïcité a recommandé la même chose. Voir Comité d’étude sur le respect des principes de la Loi sur la laïcité de l’État et sur les influences religieuses, Pour une laïcité québécoise encore plus cohérente. , certains répondants notent l’importance de maintenir le statut d’organisme de bienfaisance des églises. La perception de cette recommandation est très négative : « Ça en dit long sur l’ignorance profonde de l’apport de chaque église, grande ou petite, dans chaque ville ou presque du pays. » Les répondants soulignent les lourdes conséquences financières qu’entraînerait la perte de ce statut. Ne plus pouvoir fournir de reçus fiscaux pour activité de bienfaisance risquerait de plomber sérieusement les finances des églises et d’autres organismes religieux de charité. « Les églises se remettraient et continueraient à faire ce qu’elles font, dit un répondant, mais elles devraient sans doute éliminer des programmes. »

D’autres répondants, sans présenter le rapport à État sous un angle négatif, mentionnent quand même la présence de défis particuliers :

Ce n’est pas un problème d’antagonisme en soi ; les défis sont la complexité et le temps que doivent consacrer le personnel ou les bénévoles pour s’assurer que nous répondons à tous les critères. Ce n’est pas nécessairement gagnant qu’un tiers participe à chaque échange, même s’il entend prêter main-forte. […] Les plus petites églises dans lesquelles j’ai servi autrefois ne réussiraient jamais à faire tout ce que nous réalisons dans les […] banlieues.

Commentaire et recommandations

Les données du sondage lèvent le voile sur les préoccupations du clergé et des dirigeants des églises chrétiennes au sujet de l’isolement et la solitude au sein de leur congrégation et dans la société plus largement, mais aussi sur les programmes, défis et solutions potentielles qui s’y rattachent. Incursion révélatrice dans un sujet peu étudié, elles fournissent un aperçu important des efforts des églises qui estiment que leur devoir de faire le bien s’étend non seulement aux membres de leur congrégation, mais aussi à la communauté élargie, et en particulier les personnes laissées pour compte ou vulnérables.

L’enquête montre que l’isolement et la solitude préoccupent de nombreuses églises et que ce problème, selon elles, s’est aggravé depuis cinq ans. Dans leur congrégation, estiment les répondants, environ une personne sur cinq est seule ou isolée, tous sous-groupes démographiques confondus. Ce constat est semblable à celui du sondage Angus Reid Institute–Cardus mené en 2019, qui révélait que 23 % des Canadiens étaient un peu ou très seuls ou isolés 21 21 Angus Reid Institute, « A Portrait ». .

Des églises très actives pour lutter contre l’isolement et la solitude

Chaque église fournit de précieuses solidarités aux membres de sa congrégation en remplissant sa mission première, le service du culte. « La Sainte Messe elle-même, observe un répondant, est la principale activité de rassemblement aussi bien qu’un antidote à la solitude et à la déconnexion. Elle favorise la communion avec Dieu et les autres. » Mais, comme en témoignent les résultats ici, les églises proposent aussi de nombreux autres programmes et pratiques informelles qui rapprochent les membres de la congrégation entre eux et atténuent le risque d’isolement des personnes malades, confinées à domicile ou éprouvées par une situation difficile.

En outre, les églises sont profondément ancrées dans leur milieu social de toutes sortes de façons, par exemple en mettant leurs installations à dispositions d’organismes de la communauté gratuitement ou pour une bouchée de pain, en soutenant des programmes de proximité par de l’engagement bénévole et des dons, et en donnant du temps dans des milieux de soins de longue durée, des centres de soins palliatifs et des foyers de retraite.

Le Centre de recherche sur les aînés du collège Sheridan s’est penché sur l’action des groupes confessionnels en faveur des aînés immigrants. Ses conclusions sont claires : ces groupes « ne remplissent pas seulement des fonctions religieuses ou spirituelles, mais ils répondent aussi à des besoins sociaux et de survie pour [leurs] membres 22 22 Banu, Liladrie et Noka, The Role of Faith Communities, 5. Contrairement à notre étude qui s’intéresse aux seuls chrétiens, celle du Sherdian Centre a porté sur des confessions très diverses. ». Pour cette étude qui ciblait les régions de Halton et de Peel dans le sud de l’Ontario, les chercheurs ont sondé des centaines d’aînés immigrants. Leur travail a révélé l’importance des groupes confessionnels dans la vie des personnes les plus à risque d’isolement et de solitude. En effet, de tous les lieux importants pour eux, ce sont ceux de culte que les personnes sondées ont nommés le plus souvent 23 23 Banu, Liladrie et Noka, The Role of Faith Communities, 8. .

Malgré tout, les dirigeants de groupes confessionnels sont animés d’un désir d’en faire plus – si seulement ils savaient vers qui ou quoi se tourner, ou s’ils avaient les moyens ou les alliés pour ce faire.

Défis à relever pour briser l’isolement et la solitude

Les responsables de groupes confessionnels et d’autres organisations communautaires pourraient, en mettant à disposition des ressources et des formations (ou en faisant connaître ce qui existe et en y facilitant l’accès), combler certains manques de connaissances et répondre aux difficultés décrites par les répondants. De même, l’obtention de financement de sources extérieures appuierait le travail des églises et la rénovation de leurs bâtiments pour en améliorer l’accessibilité et la polyvalence, autant pour les églises elles-mêmes que pour l’ensemble des citoyens.

L’étude du collège Sheridan citée plus haut rapporte que les ententes entre les groupes confessionnels et des partenaires privés ou publics « accroissent considérablement la portée des actions des organisations religieuses », mais souligne que « le manque d’informations, de temps et de ressources » sont autant de barrières qui gênent la conclusion de telles ententes. Ce constat ne va pas sans rappeler les défis décrits par nos répondants. Le rapport du Centre de recherche sur les aînés recommande aux responsables d’église de s’ouvrir davantage à la perspective de s’associer à des organismes de la communauté et à ces derniers de chercher « à mieux comprendre les groupes confessionnels pour aller au-delà des définitions religieuses usuelles ». Le fruit de tels partenariats, disent les auteurs, « sera un réseau de soutien capable de s’attaquer durablement à l’isolement social et à la solitude à plus d’un niveau 24 24 Banu, Liladrie et Noka, The Role of Faith Communities, 11-12, 14. ».

Dans son rapport précédent sur cette question, Cardus a montré, maints détails à l’appui, que l’isolement et la solitude se répercutent négativement sur la santé, notamment par la hausse des risques de morbidité et de mortalité. De plus, leur prévalence exacerbe les inégalités sociales, comme celles vécues par les personnes ayant une maladie mentale, une maladie chronique ou un handicap, ou en situation de pauvreté. Des examens systématiques de la documentation scientifique souligne « les preuves croissantes de la solitude et de l’isolement sur le fardeau économique », ce qui entraîne « des coûts substantiels de santé et [une grande perte] de productivité 25 25 Engel et coll., « An Updated Systematic Literature Review », 1061. ». Une étude néerlandaise a aussi associé la solitude à des dépenses accrues en santé mentale et en d’autres formes de soins 26 26 Meisters et coll., « Does Loneliness Have a Cost? » . Au-delà de ces coûts accrus de santé, la solitude et l’isolement peuvent avoir des répercussions économiques négatives en réduisant la productivité et la capacité des travailleurs 27 27 Burlina et Rodríguez-Pose, « Alone and Lonely ». .

Le Projet Halo de Cardus, qui mesure les retombées socioéconomiques de proximité des congrégations religieuses, calcule que chaque dollar dépensé par une église rapporte trois dollars à la société. Ce gain inclut la valeur des espaces mis à la disposition d’organismes de la communauté et les nombreux programmes et services d’accompagnement offerts à la congrégation et au-delà 28 28 Wood Daly, « L’exonération fiscale des organismes religieux, un plus pour tous les Canadiens », 9-10. . Et bien que l’impact économique des activités des églises qui se préoccupent d’isolement et de solitude n’ait pas été au programme de la présente étude, les réponses qualitatives suggèrent des retombées positives.

Recommandations

  1. Laisser aux églises leur statut d’organisme de bienfaisance.

    Enlever aux églises leur statut fiscal d’organisme de bienfaisance, c’est réduire leur capacité d’offrir aux membres de leur congrégation et, plus largement, à la société des programmes et des activités qui visent à briser l’isolement social et la solitude.

    Les répondants à l’enquête se sont montrés préoccupés que la perte de l’exonération fiscale et des crédits d’impôt actuellement offerts aux églises du Canada réduise leur capacité financière d’offrir ces programmes si précieux pour la société 29 29 Voir aussi Wood Daly, « L’exonération fiscale des organismes religieux, un plus pour tous les Canadiens » ; Sennyah et Liegmann, « Memo: FINA Committee’s Consultation for Fall Budget 2025 ». . Et comme de nombreuses églises font aussi des dons en argent à des organismes de la communauté, cette réduction créerait une réaction en chaîne.

  2. Simplifier et clarifier les règles et les démarches entourant le bénévolat.

    Si l’État rationalise les démarches et réduit les coûts associés au bénévolat, par exemple pour la vérification des antécédents en vue d’un travail auprès de personnes vulnérables, la mission des églises de faire le bien s’en trouvera facilitée par la même occasion. Cardus a déjà fait la démonstration qu’en Ontario, les démarches de vérification des antécédents en vue d’un contact avec des personnes vulnérables pouvaient s’avérer compliquées pour les bénévoles. Nous avons aussi recommandé que l’État provincial absorbe le coût de ces démarches, actuellement facturé à chaque bénévole 30 30 DeJong VanHof, « Vulnerable Sector Check Costs » ; Sennyah, « Policy Brief: Absorbing Vulnerable Sector Check Fees ». .

    Les églises gagneraient à ce que l’État clarifie les règles d’usage de leurs installations, en ce sens qu’il leur deviendrait plus facile d’offrir des programmes comme des soupes populaires, qui combattent l’isolement et la solitude en plus de la faim. S’il y a lieu, la rationalisation de certains aspects de la règlementation pourrait même encourager des églises à se lancer dans de tels projets, pourvu que ça rejoigne leur objectif de prendre soin de la santé publique.

  3. Reconnaître et valoriser le rôle des églises dans la lutte contre ce problème de santé publique qu’est l’isolement et la solitude, et toutes leurs autres façons d’aider les Canadiens.

    Les résultats de ce sondage vont dans le sens de la recommandation du Centre de recherche sur les aînés du collège Sheridan, à savoir « qu’il faut prendre les organisations religieuses au sérieux, en tant qu’un des nombreux intervenants dont l’action pour la santé publique est vitale. Non seulement les collaborations intersectorielles amélioreront la qualité des interventions contre la solitude et l’isolement, mais elles rendront les groupes religieux plus efficaces en amont, dans la prévention » 31 31 Banu, Liladrie et Noka, The Role of Faith Communities, 15. . Le centre de recherche du collège Sheridan proposait que les gouvernements envisagent de contribuer financièrement et d’autres manières aux programmes et collaborations que fournissent les groupes confessionnels, et qu’ils consultent les responsables d’église sur les questions d’isolement social et de solitude, compte tenu de leur « expérience de première ligne » avec les populations à risque et leur connaissance des programmes actuels 32 32 Banu, Liladrie et Noka, The Role of Faith Communities, 15. .

    Les gouvernements et organisations de la société civile devraient porter une attention ciblée à l’isolement et à la solitude au Canada, non seulement pour étudier sa prévalence et ses effets, mais aussi pour recueillir des preuves pour mieux comprendre le rôle important joué par les groupes de la société civile, incluant les groupes confessionnels, pour atténuer cette crise de santé publique.

Références

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Angus Reid Institute. « A Portrait of Social Isolation and Loneliness in Canada Today ». Sondage. 2019. https://angusreid.org/social-isolation-loneliness-canada/.

Banu, R., S. Liladrie et B. Noka. « The Role of Faith Communities in Improving Supports to Reduce Loneliness and Social Isolation in Immigrants 65+ ». Sheridan Centre for Elder Research, 2019.

Burlina, C., et A. Rodríguez-Pose. « Alone and Lonely. The Economic Cost of Solitude for Regions in Europe ». Environment and Planning A: Economy and Space vol. 55, no 8 (2023) : 2067-2087. https://doi.org/10.1177/0308518X231169286.

Catéchisme de l’Église Catholique. Libreria Editrice Vaticana, 1993. https://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P3S.HTM.

Comité permanent des finances. Consultations prébudgétaires en vue du budget de 2025. https://https://www.ourcommons.ca/Content/Committee/441/FINA/Reports/RP13466781/finarp21/finarp21-f.pdf.

DeJong VanHof, J. « Vulnerable Sector Check Costs Remain a Barrier for Volunteers ». Cardus, 2022. https://www.cardus.ca/research/vulnerable-sector-check-costs-remain-a-barrier-for-volunteers/.

Engel, L. et coll. « An Updated Systematic Literature Review of the Economic Costs of Loneliness and Social Isolation and the Cost Effectiveness of Interventions ». PharmacoEconomics vol. 43 (2025) : 1047-1063. https://doi.org/10.1007/s40273-025-01516-w.

Garland, R., J. Simmons et J. Hadgraft. Right Up Your Street: How Faith-Based Organisations Are Tackling Loneliness. FaithAction, 2019. https://communities1st.org.uk/sites/default/files/2022-07/fa-right-up-your-street.pdf.

Gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador, Office of the Seniors’ Advocate Newfoundland and Labrador. Seniors’ Report 2024 : Data Tables, Figures and Charts. 2024. https://www.seniorsadvocatenl.ca/pdfs/SeniorsReport2024_Data.pdf.

Gouvernement du Québec, Comité d’étude sur le respect des principes de la Loi sur la laïcité de l’État et sur les influences religieuses. Pour une laïcité québécoise encore plus cohérente : bilan et perspectives. 2025. https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/org/secretariat-institution-democratiques/laicite/rapport-comite/rapport_laicite-bilan-perspectives-2025.pdf.

Meisters, R. et coll. « Does Loneliness Have a Cost? A Population-Wide Study of the Association Between Loneliness and Healthcare Expenditure. » International Journal of Public Health vol. 66 (février 2021) : 581286. https://doi.org/10.3389/ijph.2021.581286.

Sennyah, A. « Policy Brief: Absorbing Vulnerable Sector Check Fees to Reduce Barriers to Volunteering ». Cardus, 2022. https://www.cardus.ca/research/absorbing-vulnerable-sector-check-fees-to-reduce-barriers-to-volunteering/.

Sennyah, A. et D. Liegmann. « Memo: FINA Committee’s Consultation for Fall Budget 2025 ». Cardus, 2025. https://www.cardus.ca/research/memo-fina-committees-consultation-for-fall-budget-2025/.

Statistique Canada. Tableau 45-10-0048-01 : La solitude selon le genre et la province. 19 février 2025. https://www150.statcan.gc.ca/t1/tbl1/fr/tv.action?pid=4510004801.

Vachon, R. et M. Allatt. « Social Isolation, Loneliness, and Christian Communities ». Cardus, 2025. https://www.cardus.ca/research/social-isolation-loneliness-and-christian-communities/.

Van Thiel, S. Research Methods in Public Administration and Public Management: An Introduction. Routledge, 2014. https://doi.org/10.4324/9780203078525.

Wood Daly, M. « L’exonération fiscale des organismes religieux, un plus pour tous les Canadiens ». Cardus, 2024. https://www.cardus.ca/research/spirited-citizenship/reports/exoneration-fiscale-des-organismes-religieux-un-plus-pour-tous-les-canadiens/.

Annexe : questions du sondage

Q1. J’accepte de participer à cette recherche. Je comprends son but et j’y participe volontairement. Je comprends aussi que je peux interrompre le sondage à tout moment.

Oui

Non

Q2. J’autorise l’utilisation des données générées par ce sondage dans les publications des chercheurs sur ce sujet.

Oui

Non

[Seules les personnes ayant répondu « oui » aux questions 1 et 2 poursuivent le sondage]

Q3. Quels sont votre prénom et votre nom de famille ?

Q4. Quel est votre titre ? (c.-à-d. Révérend, Pasteur, etc.)

Q5. Quel(s) rôle(s) jouez-vous au sein de votre église ? Sélectionnez tout ce qui s’applique.

Pasteur (c.-à-d. pasteur principal, prêtre de paroisse, titulaire, ministre principal)

Pasteur adjoint (c.-à-d. prêtre adjoint, ministre adjoint)

Pasteur jeunesse

Ancien ou ancienne

Diacre ou diaconesse

Autre (veuillez préciser) : _______________________

Q6. Veuillez indiquer le nom de l’église ou des églises où vous vous impliquez. Dans ce sondage, « église » désigne tout lieu de culte.

Q7. Dans quelle province ou territoire se trouve votre église ?

Q8. Dans quelle municipalité se trouve votre église ?

Q9. Quel est le code postal de votre église ?

Q10. Quelle est la meilleure description de l’emplacement de votre église ?

En milieu rural

Petite ville

Banlieue

Urbaine

Q11. Laquelle des options suivantes décrit le mieux votre église ou votre confession ?

Catholique (catholique romaine, catholique orientale, etc.)

Protestante historique (anglicane, unie, luthérienne, presbytérienne, etc.)

Évangélique (baptiste, pentecôtiste, Armée du Salut, etc.)

Orthodoxe (russe, grecque, éthiopienne, copte, etc.)

Autre (veuillez préciser) : ___________.

Q12. [Pour les personnes qui ont répondu « Protestante historique » ou « Évangélique » à la question 11.] Laquelle des options suivantes représente le mieux votre confession ? (Si la vôtre est absente de notre liste alphabétique, veuillez l’ajouter.)

Adventiste

Alliance chrétienne et missionnaire (ACM)

Anglicane (ACC ou ANiC)

Armée du Salut

Assemblée de Frères

Association d’églises évangéliques (AGC)

Baptiste (Fellowship, Convention)

Church of the Nazarene

Église de la fraternité chrétienne

Église évangélique libre

Église unie

Luthérienne (ELCIC, LCC, etc.)

Mennonite

Méthodiste libre

Méthodiste wesleyenne

Pentecôtiste

Presbytérienne (y compris PCC, PCA)

Réformée (y compris CRC, CRNA, libre, unie, canadienne)

Vineyard

Non dénominationnelle

Ne sais pas/Autre (veuillez préciser) : _______________________

Q13. En moyenne, combien de personnes assistent au service dominical chaque semaine ?

1 à 50

51 à 100

101 à 150

151 à 200

201 à 500

501 à 1 000

1 001 à 1 500

Plus de 1500

Je ne saurais pas dire

Q14. Combien de personnes sont des membres inscrits de votre église ?

1 à 50

51 à 100

101 à 150

151 à 200

201 à 500

501 à 1 000

1 001 à 1 500

Plus de 1500

Je ne saurais pas dire

Sans objet

Q15. Dans ce sondage, « communauté ecclésiale » désigne les personnes qui fréquentent votre église ou en sont membres, ou qui participent à ses activités. Veuillez estimer le poids (%) des groupes suivants dans la composition de votre communauté ecclésiale :

15a.) Aînés (65 ans ou plus)

15b.) Néo-Canadiens (personnes arrivées dans les 10 dernières années)

15c.) Célibataires (personnes jamais mariées, ou divorcées, ou veuves)

15d.) Personnes en situation de précarité socioéconomique (à faible revenu, etc.)

15e.) Personnes composant avec des défis liés à un handicap physique, intellectuel ou lié au développement (perte de la vue, perte auditive, autisme, etc.)

L’isolement social renvoie à l’absence de réseaux et de liens sociaux. La solitude renvoie à la perception ou au sentiment, chez une personne, que ses liens sociaux sont insatisfaisants en quantité et/ou en qualité.

Q16. Dans quelle mesure êtes-vous d’accord avec l’affirmation selon laquelle l’isolement social et la solitude sont un défi pour votre communauté ecclésiale ?

Fortement en désaccord

En désaccord

Ni d’accord ni en désaccord

D’accord

Fortement d’accord

Je ne saurais pas dire

Q17. Selon vous, quel pourcentage de votre communauté ecclésiale vit de l’isolement social et/ou de la solitude ?

Q18. [Pour les personnes qui ont répondu « Fortement d’accord » ou « D’accord » à la question 16.] Pour quels groupes de votre communauté ecclésiale êtes-vous le plus préoccupé(e), du point de vue du risque d’isolement social et de solitude ? Sélectionnez tout ce qui s’applique.

Aînés (65 ans ou plus)

Néo-Canadiens (personnes arrivées dans les 10 dernières années)

Célibataires (personnes jamais mariées, ou divorcées, ou veuves)

Personnes en situation de précarité socioéconomique (à faible revenu, etc.)

Personnes composant avec des défis liés à un handicap physique, intellectuel ou lié au développement (perte de la vue, perte auditive, autisme, etc.)

Je ne saurais pas dire

Sans objet

Autre (veuillez préciser) : ____________

Q19. [Pour les personnes qui ont répondu « Fortement d’accord » ou « D’accord » à la question 16.] Selon vous, est-ce que l’isolement social et la solitude ont augmenté ou diminué dans les cinq dernières années ?

Fortement augmenté

Augmenté

Aucun changement

Diminué

Fortement diminué

Je ne saurais pas dire

Q20. Est-ce que votre église ou vous-même offrez l’un des services suivants ? Sélectionnez tout ce qui s’applique.

Service du culte offert en plusieurs langues

Programmes et activités de conditionnement physique

Diffusion en ligne du service du culte

Logement

Programmes alimentaires (banque alimentaire/livraison de repas, livraison d’épicerie)

Activités sociales : pique-niques, soirées dansantes, etc.

Ministère de la louange

Repas après le service du culte

Café communautaire

Groupe d’artisanat

Café partagé après le service du culte

Accueil personnalisé au service du culte

Comité d’hospitalité

Ministère jeunesse

Ministère familial

Groupes de discussion ou petits groupes (p. ex. études bibliques)

Programmes de formation à la foi (p. ex. Cours Alpha, Vie renouvelée, Rituel de l’initiation chrétienne des adultes)

Services de transport

Partage de la communion avec les personnes malades ou confinées à domicile

Visite pastorale (en personne ou par écrans interposés)

Counseling et direction spirituelle

Ministère auprès des aînés (p. ex. soirées sociales pour aînés, visites à domicile)

Bénévolat organisé auprès d’organismes de la communauté (p. ex. refuges pour sans-abri, réinstallation de réfugiés, ministère dans les quartiers défavorisés)

Je ne saurais pas dire

Sans objet

Q21. Lesquels de ces programmes, d’après vous, ont été les plus efficaces pour lutter contre l’isolement social et la solitude ? Vous pouvez en nommer jusqu’à trois.

Service du culte offert en plusieurs langues

Programmes et activités de conditionnement physique

Diffusion en ligne du service du culte

Logement

Programmes alimentaires (banque alimentaire/livraison de repas, livraison d’épicerie)

Activités sociales : pique-niques, soirées dansantes, etc.

Ministère de la louange

Repas après le service du culte

Café communautaire

Groupe d’artisanat

Café partagé après le service du culte

Accueil personnalisé au service du culte

Comité d’hospitalité

Ministère jeunesse

Ministère familial

Groupes de discussion ou petits groupes (p. ex. études bibliques)

Programmes de formation à la foi (p. ex. Cours Alpha, Vie renouvelée, Rituel de l’initiation chrétienne des adultes)

Services de transport

Partage de la communion avec les personnes malades ou confinées à domicile

Visite pastorale (en personne ou par écrans interposés)

Counseling et direction spirituelle

Ministère auprès des aînés (p. ex. soirées sociales pour aînés, visites à domicile)

Bénévolat organisé auprès d’organismes de la communauté (p. ex. refuges pour sans-abri, réinstallation de réfugiés, ministère dans les quartiers défavorisés)

Je ne saurais pas dire

Sans objet

Q22. S’il y a lieu, indiquez tout autre programme général non mentionné que votre église offre et qui pourrait contribuer à resserrer les liens dans la communauté et à atténuer l’isolement social et la solitude, même indirectement. Donnez autant de détails que vous le souhaitez.

Q23. S’il y a lieu, dressez la liste de tous les partenariats que votre église a conclus avec d’autres organisations, paroisses ou groupes qui pourraient contribuer à resserrer les liens dans la communauté et à atténuer l’isolement social et la solitude, même indirectement (p. ex. popote roulante, programmes de visites en foyers pour personnes âgées).

Q24. Veuillez sélectionner tous les défis et obstacles auxquels votre église fait face pour lutter contre l’isolement social et/ou la solitude. Sélectionnez tout ce qui s’applique.

Manque de ressources financières

Manque de connaissances ou d’informations sur la façon de lutter contre l’isolement social et la solitude

Manque de ressources humaines (personnel et bénévoles)

Infrastructure physique inadéquate pour fournir des programmes ou des ressources

Bureaucratie et politiques gouvernementales

Mon église ne fait face à aucun défi

Mon église ne se préoccupe pas de lutter contre l’isolement social et/ou la solitude

Je ne saurais pas dire

Autre (veuillez préciser) : _______________________

Q25. S’il y a lieu, donnez des détails sur les défis et obstacles auxquels votre église fait face pour lutter contre l’isolement social et/ou la solitude.

Q26. S’il y a lieu, décrivez les ressources, politiques ou programmes possibles que votre église trouverait utiles pour lutter contre l’isolement social et/ou la solitude et pour répondre aux défis ou obstacles auxquels vous faites face.